Na Zdrowie

une seule journée de transit à Montréal
entre Washington et Toruń, Pologne
des verres empilés
sur la terrasse
presque tout seul
on me texto que tu es maintenant
aux soins palliatifs
je n’ai plus de temps
toi non plus
pantoute

j’accours, paniqué j’comprends pu rien
je fais fuck it aux ascenseurs
je grimpe les escaliers
et y’en a beaucoup
on fout les gens qui attendent la fin
le plus loin possible

je suis drunk et me sens comme un voleur
je fuis la sécurité
les infirmiers
j’veux tellement te chuchoter
quèque chose 
avant de reprendre les airs
avant de continuer la vie que moi que j’ai

j’trouve ta chambre
ta maman couchée sur un lit d’infortune
toi, léthargique boursouflée
mes glandes lacrymales se pètent un time
et je te parle et tu n’entends rien
ta mère me le confirme
mais ta respiration s’adoucit
quand je passe ma main dans tes ch’veux
comme tu passais à chaque opportunité
rapidement la tienne dans les miens
et, à genoux, je te dis : attends-moi attends-moi
je reviens dans pas long
une semaine ou moins si j’peux
toffe ma belle sacripante
j’veux qu’on ressorte et qu’on joue à ton Scrabble glitter
qu’on pitche nos poèmes à face du monde
que tu cries LAROUCHE
d’une voix stridente…

pis, j’me suis assoupi
agenouillé à tes côtés
jusqu’à ce qu’un infirmier me crisse dehors

le lendemain
à YUL

on me texto que tu es décédée
partie

j’ai braillé dans trois aéroports et trois pays

I’m Going In de Lhasa
Les oiseaux faussent aussi d’Avec pas d’casque
sont des tounes qui font de moi

une fontaine

chaque fois

tout l’temps.

Référence bibliographique

Jean-Sébastien Larouche, « avant de reprendre les airs... »,  Quand j'écris d'même, Hurlantes éditrices, 2025, p. 397-398.

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