Mon vieux chum
au téléphone me demande
Pis c’est comment le Nord ?
je sens toute la distance dans sa question
je voudrais lui répondre :
Ici
la beauté et la laideur
semblent partager le même lit
les tombes de pierres plates
les croix de bois
une souffrance bien humaine
les églises sont vides
leurs cloches rouillées
sonnent de vieilles croyances
Catholiques
pentecôtistes
anglicans
se partagent les mêmes
fleurs en plastique
de la coop
Pourtant l’Inuk siège là
où plusieurs dieux auraient abandonné
et le chasseur sait que remonter la trace du tuktu
dans la patience et le silence
procure plus de réponses que mille religions
Mais bon Dieu que je suis naïf
qu’est-ce que j’espérais ?
Une tente médicinale
un cercle de guérison
des joueurs de tambour ?
Ici les rêves sont trop souvent rêvés
un couteau sur la gorge
le taux de natalité et le taux de suicide
se font la course le long de la rivière
ce pays est un géant qui dort à bras ouverts
sous l’œil bienveillant de la Toundra…
Mais je ne lui réponds rien de cela
je me rabats lâchement sur cette platitude
Le Nord, ben c’est frette.
Nicolas Lauzon, « Mon vieux chum... », Toundra-terrasse, Éditions du passage, 2026, p. 42-43.