Mais pourquoi donc
Pourquoi
Il faut faire comme tout le monde
Entends-tu bien
Partir chaque matin du même pied
Sage modeste ridicule
Avec des siècles d’habitude sur le dos
C’est ton fardeau
C’est ma rue une rue
Comme celles que vous voyez
Où vous passez et attendez
Une femme qui ne viendra pas
C’est la fièvre des réalités
La commodité de la certitude
L’hygiène de l’esprit
C’est la vitesse en lutte
Contre la vitesse
Le néant du passé
Et l’ombre de l’avenir
C’est demeurer devant la porte
Sans clé sans rien
Jusqu’à demain
Demain qui est éternellement
C’est la loi qui recommence
Ce n’est plus moi c’est mon destin
On va toujours faussement libre
Dans le même sens
Celui qui nous soutenait
Sur les fonds baptismaux
Le même nom
Le même le même le même
Corde au cou vos désirs sont aplatis
Corde au cou la ville où vous allez
Corde au cou la maison où vous habitez
Corde au cou les meubles que vous avez choisis
Corde au cou la femme qui est votre femme
Corde au cou le journal le café
Corde au cou les amis les exigences
Corde au cou l’habitude
Corde au cou Monsieur Madame et
et les enfants
Vous n’avez plus besoin de mourir
C’est déjà fait
René Laporte, « Corde au cou », Corde au cou, Les Cahiers libres, 1927, p. 54-58.