Le jeune crayon trace son destin,
Ligne après ligne, il ne cherche qu’à bien faire.
Mais la pression est trop grande et pèse sur son chemin.
Sous ce taille-crayon trop sévère, la mine se brise, amère,
Sa passion en lambeaux, son cœur en morceaux.
Plus grand, moins taillé, le second crayon regarde son aîné.
Il rêve d’être affuté, d’avoir son éclat,
De tracer lui aussi des mots alignés,
D’être usé, admiré, qu’on parle de lui tout bas.
Mais il ignore que la douleur d'aiguiser
Coupe les rêves, les poèmes que l’on garde en soi.
Toujours à portée de main, la gomme à effacer s’use en silence.
Chaque faute de l’enfant laisse sur elle une trace.
Douce, mais ferme dans son absence,
Pour que le papier retrouve un peu de grâce.
Le taille-crayon, lui, parle peu.
Son rôle grince, mais il veut le bien.
Sous la lame, le bois devient feu,
Et la mine retrouve son chemin.
Car il sait qu’à chaque tour douloureux,
Le trait demain sera plus serein.
Ce ne sont ni des crayons, ni des gommes, ni des lames.
C’est une famille taillé, usée, effacée,
Qui, malgré tout, apprend à tracer
Une histoire ardente telle une flamme,
Sur le papier fragile de ses drames.