Mine de rien

Le jeune crayon trace son destin,
Ligne après ligne, il ne cherche qu’à bien faire.
Mais la pression est trop grande et pèse sur son chemin.
Sous ce taille-crayon trop sévère, la mine se brise, amère,
Sa passion en lambeaux, son cœur en morceaux.

Plus grand, moins taillé, le second crayon regarde son aîné.
Il rêve d’être affuté, d’avoir son éclat,
De tracer lui aussi des mots alignés,
D’être usé, admiré, qu’on parle de lui tout bas.
Mais il ignore que la douleur d'aiguiser
Coupe les rêves, les poèmes que l’on garde en soi.

Toujours à portée de main, la gomme à effacer s’use en silence.
Chaque faute de l’enfant laisse sur elle une trace.
Douce, mais ferme dans son absence,
Pour que le papier retrouve un peu de grâce.

Le taille-crayon, lui, parle peu.
Son rôle grince, mais il veut le bien.
Sous la lame, le bois devient feu,
Et la mine retrouve son chemin.
Car il sait qu’à chaque tour douloureux,
Le trait demain sera plus serein.

Ce ne sont ni des crayons, ni des gommes, ni des lames.
C’est une famille taillé, usée, effacée,
Qui, malgré tout, apprend à tracer
Une histoire ardente telle une flamme,
Sur le papier fragile de ses drames.

Jeune femme chinoise

Sophia Liang

Année: 5e secondaire / 11e année
Collège Jesus-Marie de Sillery
Québec, QC

« Ce poème est né d’une phrase qui m’a longtemps suivie, « écrire son propre destin », et de ma famille, car derrière chaque objet se cache un membre. Assise devant mon bureau, un crayon à la main, l’image des objets d’un étui à crayons s’est imposée alors que je cherchais comment représenter la pression, les attentes et l’amour parfois maladroit qui nous unit. En tant qu’aînée, j’ai longtemps cru que mon devoir était d’être « parfaite » et de continuer malgré la pression. Mes parents me placent parfois sur un piédestal devant leurs amis, et mon petit frère me confie qu’il rêve d’être autant admiré que moi. Ma mère fait de son mieux pour être présente, même si certaines journées, elle disparaît à l’aube et ne revient qu’après le coucher du soleil. Mon père, malgré un ton parfois blessant, ne souhaite que le bien de notre famille. C’est ainsi que je suis devenue le crayon usé, mon frère, le neuf, ma mère, la gomme à effacer et mon père, le taille-crayon. Ce poème trace notre histoire. »

Biographie

Sophia Liang, élève de 5e secondaire à Québec, est passionnée par les arts : musique, écriture et création visuelle. Fille de parents chinois immigrés, elle transforme rencontres, défis et souvenirs en écrits oniriques, où elle s’évade et sensibilise aux réalités souvent effacées, donnant voix à ce qui demeure invisible.

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