Le circuit à billes

La bille est posée au début de la piste en plastique,
Je la lâche et elle roule dans le tunnel magique.
À l’époque, le salon était un royaume où je régnais,
Mon chien et mes trois chats partout m’accompagnaient.
J’ai sept ans, je rigole et retiens mon souffle derrière la toile,
Je prépare mes évasions, quand rien n’était incertain,
Je compte jusqu’à dix, les rires éclatent, sans retenue
La bille continue de rouler et elle a presque disparu.

Clic et clac,
La bille tombe sur le prochain bac,
J’ai dix ans, le rythme s’accélère sur la piste suivante,
La vitesse du temps est effrayante,
Mes animaux de compagnie ne sont que des souvenirs gravés dans mon cœur,
J’ai appris que les amitiés sont des liens que les gens peuvent rompre,
Les nez humides, les jouets et les souvenirs qu’on retient,
La bille continue de rouler, elle est presque à la fin.

Elle glisse dans une pente rapide,
Une plongée profonde et soudain,
Tout à coup, j’ai quatorze ans dans une école secondaire,
Sans qu'on m'ait prévenue d’avancer,
Je regarde ma vie à travers l’écran de mon téléphone,
Coincée dans des responsabilités où mes doutes résonnent,
Figée dans les couloirs, je vois la vérité,
La petite fille du début a presque cessé d’exister.

Il est minuit et la bille cherche sa place,
Assise sur mon lit, je regarde dans le vide,
Je me demande comment tout a pu défiler si vite,
Je retiens mon souffle encore, j’attends qu’on me retrouve,
Tandis que les ombres de mon enfance dansent leur dernière ballade.

La bille perd enfin tout son élan,
Je regarde encore mon écran,
Le jeu est terminé, le silence m’entoure,
La bille s’arrête, le temps s’est figé,
L’enfance est presque entièrement terminée.

Ce poème est le gagnant du Prix mensuel VOICES/VOIX d'octobre. Voici ce que notre éditrice Vanessa Bell en a pensé : 

La poète fait preuve d'une compréhension et d'une maîtrise du tempo dans la construction de son poème. Avec une seule métaphore, elle file des âges forts différents dans une grande vulnérabilité qui rend le texte à la fois personnel et universel.

Sophie Der

Sophie Der

Année: 10 / Sec. IV
Lawrence Park Collegiate Institute
Toronto, ON

« Récemment, j'ai pris conscience à quel point j'avais grandi et à quel point l'avenir m'effrayait; j'ai donc voulu écrire un poème pour me remémorer des moments de mon enfance, tout en décrivant à quel point celle-ci a filé à toute allure. Quand j'étais petite, j'adorais les circuits à billes; j'ai donc décidé d'utiliser ce motif comme symbole tout au long du poème. »

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