Fixée

Dans le passé, dans ces heures-là,
on n’entendait
que
le tic-tac de l’horloge murale de ma grand-mère.

En Iran, les sons étaient différents.
Ils étaient plus
profonds.
Ici, même le son de l’air
te serre le cœur.

Mon cœur, lui, est déjà comme dans un coma.
Il est devenu misérable !

La nuit en Iran,
malgré
l’insécurité et la peur du dehors,
la maison de ma grand-mère avait une
étrange sensation de sécurité.

Peut-être que c’était seulement pour moi.

Parce qu’au Canada, c’est pareil des deux côtés :
la maison
et le dehors
te brisent le cœur.

Chaque nuit je me dis :
tic tac
tic tac
et
j’imagine
seulement l’horloge murale.

Parce que le visage de ma grand-mère
est probablement plein de larmes,
ou mouillé de
sueur,
et mon grand-père sûrement fait des
rroooonnflements
qui ne me laisseraient
pas
dormir.

Mais pourtant,
oui, pourtant,
dans cette vieille maison,
j’existe
encore.

Mon âme
reste
fixée
à cette horloge murale.

Les secondes étaient tellement
longues,
tellement nombreuses,
que j’ai décidé d’éteindre mon

cœur
et de regarder.

Et j’ai regardé,
et elle a regardé,
et j’ai regardé …

Et tic tac

tic tac

Jeune fille brune

Ava D.

Année: 4e secondaire / 10e année
École Secondaire Êtienne-Brûlé
Toronto, ON

« J'ai écrit « Fixée » à l'école. Comme d'hab, ce vide de ma patrie était en train de me manger à l'envers. Les lumières étaient juste trop fortes et le prof crachait juste trop d'info. J'ai pensé que Si j'étais en Iran maintenant, je serais en train de dormir. Je serais chez ma grand-mère. Elle. Il y a toujours ce tic-tac que tu n'entends que les nuits là-bas. Qu'est ce qu'elle fait en ce moment ? »

Biographie

Ava D. est une élève de 10ᵉ année. À travers la poésie, elle explore les souvenirs qui restent fixés aux lieux que l’on a quittés et les émotions qui les accompagnent. Ses textes explorent l’exil, la mémoire et les petites choses du quotidien qui prennent soudain une grande importance. 

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