je connais la grammaire...

je connais la grammaire

c'est la faute à l'école

je connais l'obéissance

je suis né en la giflant

je connais la porte

ma famille m'y a foutu tôt

j'avais tout mon temps pour vieillir

j'ai déchiré le jour vers l'enfance

la colère est sacrée qui soulève ma tête jusqu'à la liberté

je connais la rage et son épaisseur

mes veines viennent de ses vastes plaines

fumée à rebours l'espoir remue les limites

dieux-silences qui engluent l'esprit

je connais l'envers

avé rage

glorifiée la sève sauvage

avé bois secs ma rigueur

je respire d'un sang plus rouge que l'enfance

 

je connais la route et le mégot

l'espace et la blessure lente

cette terre rocailleuse

dont le périmètre s'étend à mon chant

je demande des roses à la colère

des flammes

et des lendemains à jamais tournés vers le printemps

j'ai vingt-quatre ans

mon souffle valse à Port-au-Prince

j'ai refusé la mort

je refuse des murailles d'ombres autour de mon chant

avé rêve avé lumière avé poésie

Référence bibliographique

Jean d'Amérique. « je connais la grammaire... », La cathédrale des cochons, Éditions théâtrales, 2020, p. 29-30

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