Vincent Lambert

1980
Mention de source
Justine Latour

Biographie

Vincent Lambert est l’auteur des livres de poésie Mirabilia et La Troisième à partir du soleil (Le Quartanier, 2019 et 2023) et de recueils pour les jeunes, Une chose étrange et gentille (et invisible) (La Courte échelle, 2021) et Le Royaume des chuchotements (Boréal, 2026). Chez Boréal, il a publié Introduction à la vie sans fin en 2023, un essai sur l'absolu dans la vie quotidienne rassemblant des textes parus dans les revues Contre-jour et l'Inconvénient, où il tient une chronique. Avec Jean-Philippe Dupuis, il a également réalisé Mains d'oeuvre, un film d'entretiens sur la poésie, en sélection au Festival International du Film sur l'Art. Il s'est mérité les prix Victor-Barbeau et Alain-Grandbois. Ses écrits naissent d'un obscur point de rassemblement : entre la poussière et le Grand Tout, entre la merveille de vivre et la dévastation. Il enseigne au niveau collégial et habite Saint-Philémon, un petit village des Appalaches.
 


 

Entrevue

Lisiez-vous de la poésie quand vous étiez à l'école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ?

On ne m’a pas donné à lire de la poésie à la maison ou dans un cours. Je l’ai trouvée par moi-même, à la bibliothèque de mon école secondaire. Je me promenais entre les rayons sans savoir ce que je cherchais. J’ai tiré, au hasard, un livre au titre fulgurant : Capitale de la douleur, de Paul Éluard. Je l’ai ouvert et je suis tombé sur cette phrase : « Il fallait bien qu’un visage réponde à tous les noms du monde. » Je ne comprenais pas le sens. La phrase me dépassait et, en même temps, elle semblait me connaître. Sur le coup, elle exprimait mon amour maladroit, secret, immense – pour une fille. Plus tard, quand j’ai eu un enfant, j’ai découvert que ces quelques mots pouvaient aussi parler de lui. Et sans doute qu’elle parle de mon propre visage, du visage de tous les gens qu’on peut rencontrer, à partir du moment où on les regarde pour vrai. Il m’en est restée une conception de la poésie. La poésie rend cela possible : quelques mots nous lient au monde d’une façon tellement inattendue qu’ils ne finiront jamais d’être redécouverts à travers le temps.

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous considérer poète ?

J'ai aussitôt eu le goût d'écrire des choses comme "Il fallait bien qu'un visage réponde à tous les noms du monde", de créer cet effet-là, moi aussi, par imitation. Mais on ne choisit pas tant que ça ce qu'on va écrire. On ne sait pas trop, au début, quelle forme ça va prendre et ce qu'il nous est possible de faire. On fait tout simplement ce qu'on peut. Je ne peux pas dire que j'ai beaucoup exploré, au début. Je savais que j'aspirais à quelque chose de simple et révélateur. Et depuis, j'ai toujours été attiré dans cette direction, tout en sachant bien que, souvent, ça donne des poèmes trop compliqués pour rien et qui voilent, au lieu de faire voir. Je ne me suis jamais considéré poète - c'est seulement ce qu'on écrit dans les notices biographiques. Ce n'est qu'un mot parmi d'autres posés sur ce qui n'a pas de nom. C'est ça, au fond, que mes poèmes aimeraient bien faire éprouver. Le sans-nom.

Comment voyez-vous le « travail » des poètes ?

Parfois, la poésie ne demande aucun travail. Les mots arrivent comme ils sont et ils sont acceptés. Elle devient un travail quand elle naît dans la confusion et qu'on essaie de la rendre spontanée, à force de la remâcher, d'effacer et de recommencer, et le résultat est souvent plus puissant que lorsqu'elle vient vraiment spontanément. C'est un travail qui peut être décourageant, mais qui est rempli de sens, parce qu'il est la réponse à une exigence qui est la poésie elle-même : le fait quand même incroyable de pouvoir faire sentir avec des mots. Des mots qui peuvent échouer, banaliser, endormir au lieu de soulever, et tomber à terre comme un cerf-volant qui pique du nez. Mais le vent, lui, ne disparaitra jamais. Il y en aura toujours assez. Ce qui risque de manquer, par contre, c'est de l'espace. Alors pour écrire, il faut être un peu farouche de son monde. Dire non. Ne pas se laisser distraire par des habitudes ou des réflexes qui ne mènent à rien. Il faut farouchement être maître de son attention. Le travail, c'est là qu'il commence.

Si vous deviez choisir un poème à mémoriser dans notre anthologie, lequel serait-ce ?

« Je me réveille », de Patrice Desbiens.

Publications

Titre
Mirabilia
Maison d'édition
Le Quartanier
Date
2019
Type de publication
Recueil
Titre
La Troisième à partir du soleil
Maison d'édition
Le Quartanier
Date
2023
Type de publication
Recueil
Titre
Le Royaume des chuchotements
Maison d'édition
Boréal
Date
2026
Type de publication
Recueil
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