Lyrisme

Poésie qui révèle les sentiments intimes du poète et privilégie l'expression de la subjectivité.

Je n’ai pas cessé...

Je n’ai pas cessé d’être l’ourse

la fille qui rôde sous ta fenêtre

qui t’appelle dans l’obscurité

toi le garçon aux yeux pers

mendiant un peu de ta chaleur

 

Mais si tu refuses de sortir

je forcerai ta porte et ton secret

j’irai dans le jardin de ta mère

pour y allumer des rangs de betteraves

je me coucherai dans les topinambours

je hurlerai avec les impatientes

tu quitteras peut-être enfin ta demeure

pour prendre la route avec moi

tu me livreras ton inquiétude

Tu dessinais...

Tu dessinais des baisers.

Le paysage exigeait des statues.

Tu balayais les ombres.

Tu m’as expliqué comment le fleuve,

du coin de l’œil,

apparaît et disparaît,

s’ouvre et se ferme,

comment les étoiles

ne contiennent que le passé.

Tu as dit :

« Vas-y, raconte-moi notre histoire maintenant. »

Je l’ai lue dans le temps qui fuyait,

dans ce paysage

dont je craignais à tout instant d’être chassé.

Je n’ai rien avoué.

ouvrant chaque fenêtre…

ouvrant chaque fenêtre je fais le tour de la maison

laissant courir la lumière sur les meubles

danser le soleil sur les planchers

 

je respire l’eau des naissances

je me laisse emporter par le désir

 

le lait du ciel coule sur ma langue

le miel des souvenirs se répand dans mon être

je deviens qui je suis 

J’ai collectionné…

j’ai collectionné

les croyances et les médicaments

les heures de sommeil et les migraines

 

je suis devenue un

diagnostic

je suis devenue

officiellement folle

 

maintenant il faut

passer au feu et à autre chose

 

je dessine

dans les marges de mes cahiers

les formes subtiles

de la fuite

 

je garde au creux de ma gorge

quelques ambiguïtés

Mon sexe est une blessure liquide...

Mon sexe est une blessure liquide

une armée de solitudes se dresse en moi

je suis d’albâtre et d’agave

 

des eaux charrient

des misères océanes

plus vieilles que moi

plus fortes que moi

 

des désordres désarmés

me guettent

aux rivages trop boueux

 

la vie me déshabille

nue de pierre

nue de vent

 

je n’ai que des peaux

viles

fidèles aux marées

 

une douleur imprenable

La migration

Je me nommerai Mississippi

Assiniboine

Azueï

Oaxaca

j’aurai un nom de reine

ma fleur d’origine

 

Je suis

j’existe

je suis venue apporter la lumière aux nations

je suis venue avec la lumière

 

Je suis revenue pour rester

je suis revenue pour prendre pays

lui donner son nom de terre.

 

Moi

femme d’entre toutes les femmes

nation d’entre toutes les nations

je reprendrai le nom de mes ancêtres

 

Nous étions là toutes les quatre...

Nous étions là toutes les quatre, Gillian, Jayne, Laurence, et Mazzie s’est amenée avec deux garçons de l’East Side. Elle était complètement partie, ils n’arrêtaient pas de la toucher, j’en étais écœurée; Jayne aussi je crois bien, et Gillian me regardait de temps à autre en secouant la tête, est-ce que ça va cesser, pour l’amour, Mazzie, est-ce que ça va finir. Mazzie avait fermé les yeux, elle était tellement pâle, je pensai comme de la cire, je regardai ses mains, ses ongles bleus, des mains de cire.

Elle a une main dans la main du désir...

Elle a une main dans la main du désir

Nous ramons en haute mer

Les eaux suffoquées cassées

Masses pendues aux os tendres

Où je meurs au dialogue des corps

Le voyage est infini sur les routes de lumière

Le vin des amants est un baiser mortel

 

Au chant de la bien-aimée

Un soupir rend l’éternité

Mêlant l’anatomie des sens

Notre histoire refuse la chronique des héros

Le sexe humide du poème

Nourrit l’espérance du monde

Nous arriverons ensemble

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