Anaphore

Répétition d’un mot ou d’un groupe de mots, souvent en tête de vers.

J’attends… 

J’attends

pour ouvrir la fenêtre

 

retrouver c’est quoi

la grâce du vide

 

je me répète souvent

 

je pense que je vais mieux

je pense que je guéris

 

je me crie des choses

je me crie : ce n’est pas grave

 

je me dirige vers la salle de bain

je me fais mourir par la gorge

 

je cesse enfin

de m’entendre hurler des bêtises.

 

*

 

Je me répète souvent

 

Les reines de la réserve II

d’après tomson highway

 

   personnages :

 

   fille rapiécée. fille faite de fragments. celle dont on ne peut parler qu’en synecdoques. celle dont on ne peut crier le nom haut et fort, seulement le murmurer du bout des lèvres.

 

   mère de ce qui ne peut être materné. mère qui veut tout et rien à la fois. celle qui a donné naissance à sa propre personne trois fois : 1. la fausse couche. 2. le monde rétréci. 3. le contrecoup.

 

Ton absence résonne en moi (d’après Marina Tsvetaeva)

Comment vas-tu lorsque

tu es au loin.

Comment vont tes mains

et tes lèvres.

Comment va ton souffle.

Comment vont tes gestes paisibles.

Comment vont tes pas vifs.

Comment va ton corps très droit.

Comment ça va sans les qualificatifs —

paisible vif et droit.

 

Les références n’ont plus cours

à force d’aller au plus simple.

Tant de signes jetés — éconduits —

balayés.

j’accède aux profondeurs

je n’y amène personne.

Ah mon rire...

Ah mon rire

mon rire gigantesque

mon rire silencieux

mon rire emprisonné derrière mes lèvres

ah ah mon rire

emmuré dans son linceul de glace

je t’entends rugir en moi comme un fauve

je te sens qui ballottes en moi

sur le remous tourmenté de ma colère

ah ah ah mon rire

je t’écoute et j’ai peur

mon rire qui n’es pas à moi

mon rire étranger à ma vie

mon rire que les forces de l’inconscient

projettent sur l’écran fragile de ma sensibilité

Chaque matin...

     

     chaque matin il pleut des coups de poing

sur le paysage ratatiné

des enfants jouent dans les flaques d’eau

sont passibles de voies de fait graves

quand le jour referme ses mâchoires

les sirènes d’ambulance

avalent le chant des oiseaux

je suis un effet secondaire

du temps perdu

 

 

 

     chaque matin nos effets personnels

nous quittent

l’un après l’autre

comme les oiseaux s’envolent du fil électrique

à la poursuite du ciel

Ici m’arrive...

Ici m’arrive ce que l’on peut attendre. Ici change tout le temps. Ici la blessure en même temps que la joie. Ici simplement la blessure. Ici simplement la joie. Ici ta présence et ma voix. Ici une table, une étoile, la galaxie. À toute vitesse une déchirure avec de l’eau des larmes un gémissement un cri une enfant. Ici la morphine l’évanouissement la morte. Ici sur mon départ. Ici sur le seuil à vous regarder me quitter. Ici sans appui. Ici à la merci du vide. Ici la désolation, le lacis des écueils. Ici presque étrangère. 

le gros monde...

le gros monde veut me vendre une église

des habits neufs

de beaux chapeaux

 

le gros monde veut me border

de fleurs   de lampadaires

de taxes foncières

 

le gros monde dit connaître le danseur

il souhaite qu’il jongle

qu’il amuse   qu’il performe

 

le gros monde hait tout ce qu’il est

sa race   sa foi   son histoire

tout ce que tu représentes

 

le gros monde a des plans

il veut oublier   effacer

tout ce qu’il ne peut vendre

Je choisis les noeuds

Je choisis les nœuds

dans ma gorge

le risque peut bien en exciter d'autres que moi

plus courageux que moi

 

plus capables que moi

de chevaucher les menaces

de foudre

sur les rachis

 

je choisis

la distance

puisque de toute façon

le crâne

creuse son fossé

entre la tendresse et le monde.

 

Je suis capable des yeux les plus vides

les plus stridents

 

je suis capable

des pires attaques

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