Tendre

Les orangers...

Les orangers

des yeux de ma grand-mère

 

une sanguine

mélancolie étouffée

à grandes brassées d’eau

de Cologne

 

un serpent

à deux têtes

encercle

notre poignet

 

enlacée

je me noie

dans l’amour

Le rituel de grand-mère…

Le rituel de grand-mère

débute avec

l’eau sur

les pieds

les mains

les avant-bras

le visage

elle répète trois fois

avec un soupçon

de Dieu est grand

savon invisible

pour la rassurer

que tout soit propre

suivi de l’abandon

la parole en mantra

le corps s’affaisse

pour que l’âme s’élève

 

ma crainte effroyable

de passer par erreur devant son tapis

de briser le fil

entre elle et Dieu

je suis un grain de sable…

je suis un grain de sable

sur la patte d'une minuscule tortue

qui rejoint la mer

 

je suis un

marin téméraire

dans les vagues d’un détroit

 

je suis le bec du pélican

qui s’agite

au-dessus du bateau

 

je suis un ballon

qui rentre dans un but

au soleil

 

je suis la passe

dans les cheveux de la nouvelle

qui bougent comme du feu

 

je suis la petite étoile phosphorescente

à droite de Saturne

un thé venteux

il se passe trop de choses tranquilles

dans ma tasse

pour que je puisse toutes les remarquer

le lait dans mon thé présente son numéro d’hypnose

                 se diffuse en serpentins et évolue en tournoyant

dans mon thé majorette les rubans s’éternisent

pour entretenir mon épatement

 

radio musique classique

volume à minimum

frivoles murmures de harpes et violons

bouquet chez Mère-Grand pour l’heure du thé

 

il y a des tableaux accrochés

Who cares

vais-je arriver en retard ?

est-ce que ça vaut

la peine

de courir d’après toi ?

je perds mon temps

tu crois ?

merde !

 

on s’en fout

au fond

on s’en fout

de mes petits poèmes

on s’en fout

de ma job de merde

franchement

 

mon enfant me manque

c’est tout

j’essaie seulement de

passer le temps

passé loin de vous

l’important c’est

de noter que je vous aime

tous les jours

Je cherche l’équilibre…

Je cherche l’équilibre

le quart de ton

sa place 

si petite soit-elle

entre les notes

une fissure à la Cohen

pour faire passer la lumière

 

ce ton qui fait vibrer mon ventre

qui brasse la cage

me rassure

me ramène à la magie des petits jours

aux darboukas des salles de réception

où l’on s’invente un pays

coin Jarry/Langelier

un bunker de fiction 

suspendu dans le temps

 

le figuier de Baba Balkacem

respire

nous inspirons l’air

frais dans nos êtres

suffoqués et parlons

de longs mots

anishnaabemowin

que je trace

le long de ta peau

nos cicatrices étirées

jusqu’aux bords

 

ces soyeux mots

anishnaabemowin

font des allers-retours

dans le temps

émanent de nos corps

aussi sûrs que le smudge

 

chaque mot beauté

quand il tombe

de tes lèvres

quand je l’attrape

avec les miennes

Halte nº 10

C’est loin

Je l’entends souvent

T’en fais de la route

Ça te prend combien de temps

 

Je comprends

Quand tu pars de l’autre province

Quand tu pars de la capitale

Quand tu pars de la métropole

Quand tu pars de l’Ouest

Quand tu pars des États

Quand tu vois ça de l’autre continent

 

Puis c’est vrai

Que c’est loin

Je veux dire

Quand tu prends la route

Le temps

De venir

 

C’est loin

Au début

Les reines de la réserve II

d’après tomson highway

 

   personnages :

 

   fille rapiécée. fille faite de fragments. celle dont on ne peut parler qu’en synecdoques. celle dont on ne peut crier le nom haut et fort, seulement le murmurer du bout des lèvres.

 

   mère de ce qui ne peut être materné. mère qui veut tout et rien à la fois. celle qui a donné naissance à sa propre personne trois fois : 1. la fausse couche. 2. le monde rétréci. 3. le contrecoup.

 

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