Enjambement

L’idée contenue dans un vers — ne pouvant être entièrement exprimée dans celui-ci—se déverse dans le vers suivant, celui-ci débutant ainsi par un rejet.

Ton absence résonne en moi (d’après Marina Tsvetaeva)

Comment vas-tu lorsque

tu es au loin.

Comment vont tes mains

et tes lèvres.

Comment va ton souffle.

Comment vont tes gestes paisibles.

Comment vont tes pas vifs.

Comment va ton corps très droit.

Comment ça va sans les qualificatifs —

paisible vif et droit.

 

Les références n’ont plus cours

à force d’aller au plus simple.

Tant de signes jetés — éconduits —

balayés.

j’accède aux profondeurs

je n’y amène personne.

Entrée en matière

je ne demande

pas grand-chose je serais

discret le silence

énorme de tes mots le creux

donné de tes paumes

mises ensemble

 

sans chercher au-devant

de moi la réponse

je marcherais

 

simplement à la rencontre

seul lieu du corps où

je voudrais apprendre

une dernière fois

Pommes et oranges

Pour bien voir, fais taire en toi toute passion.

Repousse la douleur, l’abîme mélancolique.

Rappelle-toi ceci :

Le monde n’est rien de plus

Qu’un subtil agencement

De lignes et de volumes.

Devant toi, tu disposes

Les fruits sur la table :

Couleurs éclatantes,

Écorces, formes pures.

Tu restes là longtemps,

Réceptif à la vie silencieuse de la maison.

Le jour, au creux de ta rétine,

Est sans replis, abondant. Cueille-le

Avant que ne bascule la lumière

Ma mère la folie

  Je n’accède pas à la folie

  qui descend sur moi

  telles les langues de feu.

  Les images fabuleuses

  se recomposent.

  Ma mère la folie s’exerce

  devant ses enfants

dans l’espace privé familial

comment c’est

je ne dirai pas davantage

un visage au regard noir

le reste doit s’imaginer

de sa mère même folle

il y a des soins à prendre

cet état est boomerang

le retour sur soi insupportable.

Mais la folie quand reconnue

Ton vœu...

Ton vœu, offre-le

et je ferai avec toi le chemin.

 

Nul nom, nul visage

ne répond à cette invitation.

 

Le chemin s’enfonce dans l’improbable,

emportant avec lui tout l’ici.

 

Quelqu’un vient à ma rencontre,

il refait mon visage et mon nom.

 

Il passe entre fiction et vérité,

cautérisant une blessure.

 

Quand la nuit tombe je deviens

l’humus de la prochaine aurore.

 

Le feu corrompt le mort

et ranime le vif.

Les enfants courent...

Les enfants courent partout. On dirait des morts vivants dans la fraîcheur de l’herbe. Des groupes de bicyclettes passent sur Notre-Dame. On marche au beat des gyrophares. Je porte la couverture de laine sur laquelle on regarde les feux. Il est 22 h 37. Les enfants entrent et sortent de la nuit. Ils ont oublié les violeurs, les chauffards, les seringues et les baffes, oublié les coups d’gun, les coups d’bat, oublié. Jusqu’à ce qu’ils rentrent à la maison.

Je me réveille

(pour Jean Marc et Brigitte)

 

Je me réveille au son d’une pelle qui gratte la

neige.

Je me réveille au son de cloches qui sonnent contre

les fenêtres endormies.

Je me réveille au son des voitures qui se glissent

dans le delta des rues.

Je me réveille au son des camions qui charrient le

papier pour les poèmes que je n’ai pas encore écrits.

Je me réveille au son des souvenirs qui écrasent

le silence.

Je me réveille au son de ma pensée.

Le gris du ciel et

Le poème

Le soleil est ma chair, le soleil est mon cœur,

Le cœur du ciel, mon cœur saignant qui vous fait vivre,

Le soleil, vase d’or, où fume la liqueur

Start here: